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Carnets du fandom

L'art de la nouvelle (8) : l'entame chez Howard P. Lovecraft | 02 décembre 2008

Lovecraft (1890-1937) a souvent été appelé le "reclus de Providence" car il a vécu chez sa tante dans cette ville pendant quasiment toute sa vie sauf un séjour à New York après son mariage qui n'a pas duré.
Il n'a écrit que des nouvelles sauf un très court roman "L'Affaire Charles Dexter Ward".
Chez cet écrivain d'horreur, l'entame est très suggestive dès les premiers mots. Jugez vous-même.

Prenons l'exemple du recueil "Night Ocean", publié chez J'ai Lu après Belfond en 1986, qui comprend également "Le Livre de raison" dans lequel l'écrivain donne des conseils pour l'écriture de nouvelles d'horreur et note de nombreux thèmes à traiter. Voici les entames (la première phrase) de cinq nouvelles du recueil.

"Souvenir" commence ainsi :
"La Lune exécrable, déjà sur le déclin, luit faiblement et de ses faibles cornes, fraie un chemin à sa lumière à travers le feuillage mortel des grands upas de la vallée de NIS".

"Nyarlathothep"
"Nyarlathothep... Le chaos rampant... Je suis le dernier... Je parlerai au vide qui m'écoute..."

"Ex Oblivione"
"Quand la fin me paraissait proche, et que les hideux petits riens de l'existence commençaient à me rendre fou comme les gouttes d'eau que les tortionnaires laissent tomber sans fin en un point du corps de leur victime, j'aimais le refuge irisé du sommeil."

"Ce qu'apporte la Lune"
"Je déteste la Lune - j'en ai peur. Quand elle brille sur certaines scènes qui nous sont chères, elle les rend parfois inquiétantes et hideuses."

"Histoire du Necronomicon"
"Titre original :
Al Azif- Azif étant le nom que donnent les Arabes à ce bruit (émis par des insectes) et que l'on entend parfois la nuit, et qui est censé être le hurlement des démons."

Voilà, je vais m'arrêter là, sur le Necronomicon, le livre de nécromancie de l'Arabe dément Abdul Alhazred. Livre maudit totalement inventé par Lovecraft dans ses fictions, parmi d'autres livres maudits. Mais le Nécronomicon a trouvé une véritable vie dans les écrits du "reclus de Providence" à tel point que certains croient en sa réelle existence...
Mais revenons à nos entames !  Incroyable n'est-ce pas ? Comment ne pas continuer à lire ces (courtes) nouvelles après une entame pareille ?
Je vous invite à les lire et à lire toutes les oeuvres de cet énorme écrivain qu'est Lovecraft.
Ses oeuvres complètes ont été publiées dans trois volumes de la collection "Bouquins" de chez Robert Laffont.
Enfin, pour une bonne connaissance de l'oeuvre de Lovecraft et de l'écrivain lui-même, je ne saurais trop vous recommander la lecture de mon livre :
"Lovecraft est parmi nous" disponible ici :
http://www.edilivre.com/doc/3178
Contenu du livre :
Par Pierre Dagon :
Novellas :
- Lovecraft à Espérance     
- Les Âges sombres        
- L'Alchimiste
Dossier sur les cinq œuvres fondamentales de Lovecraft.     
Interview de Lovecraft par Pierre Dagon  
Par Alain Pelosato :
Lovecraft et la nature            
Lovecraft au cinéma          
Petit lexique de l'inquisition et de la sorcellerie
(en référence à la nouvelle de Lovecraft "La Maison de la sorcière")   

 

Publié par pelosato à 20:38:11 dans pelosato | Commentaires (0) |

Comité de lecture | 29 octobre 2008

Les "comités de lecture" des "revues" de SF font parfois sourire. En consultant mes archives j'ai retrouvé le courrier que j'avais envoyé en juillet 1997 au rédacteur en chef de Bifrost suite à l'avis favorable du comité de lecture pour ma soumission de plusieurs de mes nouvelles. Vous verrez que le "lecteur", bien qu'ayant donné un avis favorable, n'avait pas tout compris à mes fictions. Malgré cet avis favorable, le rédacteur en chef n'a pas publié mes nouvelles. Elles ont finalement été publiées dans le recueil "Le Chant de la meuille" aux Editions Naturellement et réédité chez le Manuscrit.

Voici le courrier que j'avais envoyé à Bifrost en juillet 1997 : 

Olivier Girard
Rédacteur en chef de
BIFROST
Cher Monsieur, 
J'ai reçu avec grand plaisir l'avis de David Sicé sur les trois nouvelles que je vous ai envoyées.
Je trouvais déjà Bifrost très bien et je constate en plus que vous traitez le travail des auteurs avec sérieux et courtoisie. Chapeau ! Vous transmettrez mes remerciements à David Sicé.
Sans vouloir en rajouter, je voudrais néanmoins apporter quelques précisions suite à des questions qu'il se pose, notamment sur la nouvelle « Le Sang de Giglio Fava ». Je l'admets, c'est un peu complexe, et pas très grand public...
David n'est « pas très sûr du style ancien français du conte en extrait p. 2-3. Sauf erreur de (sa) part, la quête de la mère n'est pas typique des récits arthuriens... » Et pourtant, si ! Ces deux extraits sont tirés de « Perceval le Gallois » de Chrétien de Troyes, traduction de l'ancien français par Lucien Fouler... Et justement, dans ce texte, toute l'aventure part de la quête de la mère, et c'est dans ce but que je fais cette longue citation, car mon histoire est une histoire d'inceste !
Autre chose : David écrit qu'il ne connaît pas l'œuvre de Hoffmann, « Princesse Brimbilla » et se pose un problème - dans le cas où le sang jouerait un rôle clef dans cette œuvre - d'originalité. Très bonne question ! C'est justement que le sang ne joue aucun rôle dans le livre d'Hoffmann sauf que Giglio Fava, héros malheureux, subit, à un moment, une saignée, thérapeutique courante de l'époque... Le problème posé par « Princesse Brimbilla est celui du double. Et si Bretagne répond si facilement aux énigmes (allusion, là aussi, à la quête du Graal) c'est qu'elle a lu « Princesse Brimbilla ». Quand au risque de se faire accuser d‘« un recyclage éhonté », j'ai cru l'éviter par le titre qui annonce ouvertement la couleur, puisque Giglio Fava (ce qui veut dire Lys Fève...) est le héros principal de « Princesse Brimbilla ». 
Bon, d'accord ! Tout cela est difficile. Mais un hommage à un auteur est toujours mieux compréhensible par ceux qui connaissent son œuvre... On pourrait peut-être publier la nouvelle et organiser un concours : celui qui trouvera toutes les références à Hoffmann et à la quête du Graal aura gagné.. Je plaisante !
Je trouve donc injustifiés les « doutes » de David sur « la profondeur de mes recherches », cela serait même plutôt le contraire ! Ainsi, par exemple, le terme « Azoth » n'est absolument pas un terme lovecraftien, mais le terme alchimiste qui désigne « le début et la fin », puisqu'il commence par la première lettre des alphabets hébreu, grec et latin (a) et finit par la dernière de ces mêmes alphabets (z, omega, taw). Ce terme désigne tout simplement le principe du Grand Œuvre. C'est donc le terme central de la nouvelle « La tête dans l'acide ».
 J'espère que je ne vous ennuie pas avec ces précisions. 
David m'a envoyé les « 10 commandements ». Si j'ai bien compris, je vous les retourne datés et signés.
Pour finir, quand me ferez-vous part de votre décision, car j'ai des projets pour ces nouvelles, mais je  garde la priorité à Bifrost ?
 Bien à vous et encore merci, quelle que soit votre décision. 

                                                                                                                        Alain Pelosato

Amusant non ?
Je n'ai jamais été informé de la non publication de mes nouvelles par Bifrost. Pas très poli de ne pas répondre aux courriers...
Mon recueil "Le Chant de la meuille" qui comprend les nouvelles soumises à Bifrost est disponible sur le site de l'éditeur ici :
http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=6820
On peut le commander en librairie ainsi que chez Amazon.fr, chapitre.com

Publié par pelosato à 10:21:02 dans pelosato | Commentaires (0) |

Publication de mon livre | 20 septembre 2008

La ville et l'industrie
Risque technologique, pollutions industrielles et politique d'aménagement. 

Par Alain Pelosato
Thème : Géographie/environnement

Genre : Essai
168 pages noir et blanc
Format classique 13/20 cm

ISBN : 9782356079589 
Pour l'acheter c'est ici :
http://www.edilivre.com/doc/9337

 A partir de la relation de quelques accidents technologiques majeurs célèbres, comme ceux de Seveso et de Tchernobyl, à partir de l'historique des usines de la vallée de la chimie au sud de Lyon, l'auteur invite à une réflexion sur les politiques d'aménagement du territoire en fonction des pollutions industrielles et du risque technologique majeur.
Il fait le point sur la législation dans ce domaine et, à partir de l'exemple concret d'une usine classée Seveso il expose les risques et dangers, montre comment sont réalisées les études de danger, les plans de secours et explique les mesures à prendre en cas d'accident technologique majeur.
Un livre d'une brûlante actualité et d'une grande utilité.
 

Alain Pelosato est un écrivain et éditeur français. Directeur de Science Fiction Magazine, il est en outre maire-adjoint honoraire de Givors. Il a été directeur de l'environnement et manageur de risques dans une commune du Grand Lyon jusqu'en 2007, et est actuellement consultant. Il signe des textes littéraires sous le pseudonyme de "Pierre Dagon". 

Publié par pelosato à 11:51:13 dans pelosato | Commentaires (0) |

L'art de la nouvelle (7) : l'entame chez Jean Lorrain | 30 août 2008

Dans six articles qui précèdent sur ce blog j'ai développé l'idée que dans l'art de la nouvelle, l'entame est fondamentale. En effet, la nouvelle étant un texte très court, il faut annoncer la couleur au lecteur dès la première phrase. J'avais fait la comparaison avec le bridge, le jeu de cartes pour lequel la carte d'entame est la plupart du temps décisive.
Danc ce blog, j'ai illustré mon propos par des exemples d'entames inexistantes, ratées - notamment celles des quelques écrivains français de science fiction qui se plaisent à se présenter comme représentatifs -, mais aussi par des exemples de très belles entames de grands auteurs, qui, eux, savent écrirent. Je poursuivrai cette étude en revenant sur d'autres auteurs.

Voici une entame d'une très courte nouvelle de Jean Lorrain :

"Pendue auprès du lit, la tête aux lèvres peintes,
Calme et blême, égouttait ses lourds caillots de sang
(..)"

Ce sont les deux premiers vers du poème qui sert d'introduction à la nouvelle.
Saisissant hein ?
Ce poème décrit en réalité une sculpture, un moulage réalisé par le narrateur - un sculpteur - à partir de La Femme inconnue de Donatello. Un visiteur du narrateur, nommé de Romer, accuse le sculpteur d'avoir commis envers Donatello "une profanation", "C'est son rêve que vous avez décapité en faisant de son buste une tête de martyr (...)"
Or de Romer est un occultiste ! Après son départ, le fantastique va prendre possession des lieux !

Jean Lorrain (1855-1906; pseudonyme de Paul-Marie Duval), est un grand auteur de fantastique, aujourd'hui pratiquement oublié, hélas. Je dois remercier Nathalie Prince qui a publié six de ses nouvelles dans son anthologie "Petit Musée des horreurs" qui vient de paraître dans la collection "Bouquins" de chez Robert Laffont. Elle a réuni les textes des écrivains français de fantastique de la fin du XIXe siècle. Ce sont les meilleurs du monde dans ce genre, il faut le rappeler. Ce livre est passionnant !

J'en publierai une chonique dans le numéro 60 de science fiction magazine de novembre 2008.
La couverture est illustrée par l'affiche du film "13 Fantômes", ce qui pourrait paraître comme une imitation de la couverture de mon livre "Le Cinéma fantastique (guide des films 2000-2001)" toujours disponible dans les sites de ventes d'occasions.

Publié par pelosato à 16:30:56 dans pelosato | Commentaires (1) |

Un livre à lire : Aristote au Mont Saint Michel. Les racines grecque de l'Europe Chrétienne, de Sylvain Gouguenheim | 01 mai 2008


Broché: 277 pages
Editeur : Seuil (6 mars 2008)
Collection : L'univers historique
Langue : Français
ISBN-10: 2020965410
ISBN-13: 978-2020965415

Oui ce livre sort des sentiers (re)battus de l'université sur le rôle de l'islam dans la transmission du savoir grec à la civilisation occidentale chétienne. Il remet tout simplement en cause ce rôle. C'est tout simple.
Mais alors, cela déclenche de curieuses fatwas dans le monde de l'Ecole Normale supérieure où travaille notre auteur !
Ainsi quelques commissaires politiques de cette école ont signé une pétition qui met l'auteur de ce livre au pilori, et tenez-vous bien, voici ce qu'ils concluent (je cite) :
"- Nous, enseignants, chercheurs, élèves et anciens élèves de l'Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines, affirmons solennellement que les prises de position idéologiques de Sylvain Gouguenheim n'engagent en rien les membres de son Ecole.
- En nous gardant des querelles corporatistes, des conflits de personnes et des récupérations de tous ordres, nous souhaitons réaffirmer avec force notre attachement à la nécessaire distinction entre recherche scientifique et passions idéologiques.
- Nous demandons une enquête informatique approfondie sur les points évoqués plus haut.
- Nous demandons que toutes les mesures nécessaires soient prises afin de préserver la sérénité pédagogique et la réputation scientifique de l'ENS LSH."

Incroyable non ? Qui eût cru que cela fût possible dans un pays libre ? Qui eût cru que des professeurs soient à ce point intolérants ?
L'islam a trouvé là les meilleurs défenseurs que cette religion eût jamais espéré. Vous avez noté le dernier point : de quelles mesures s'agit-il ? Interdiction du livre ? Exclusion de l'auteur ? Que penser d'une telle exigence ?
En quoi dans un pays laïc, des professeurs d'une "institution laïque, républicaine et humaniste" (comme le disent les signataires de la pétition eux-mêmes), s'autorisent-ils à mettre au pilori un de leur collègue parce qu'ils ne partagent pas les conclusions de son travail universitaire ? Chez les musulmans on appelle cela une fatwa....
Et cette pétition (cet appel à la haine de commissaires politiques) a été publié dans Télérama...

Vous voulez vous faire une opinion ? Achetez et lisez tout simplement le livre de Sylvain Gouguenheim ! Il n'y a plus que cela à faire ou alors se laisser berner par quelques commissaires politiques.

Présentation de l'éditeur :
On considère généralement que l'Occident a découvert le savoir grec au Moyen Âge, grâce aux traductions arabes. Sylvain Gouguenheim bat en brèche une telle idée en montrant que l'Europe a toujours maintenu ses contacts avec le monde grec. Le Mont-Saint-Michel, notamment, constitue le centre d'un actif travail de traduction des textes d'Aristote en particulier, dès le XIIe siècle. On découvre dans le même temps que, de l'autre côté de la Méditerranée, l'hellénisation du monde islamique, plus limitée que ce que l'on croit, fut surtout le fait des Arabes chrétiens. Même le domaine de la philosophie islamique (Avicenne, Averroès) resta en partie étranger à l'esprit grec. Ainsi, il apparaît que l'hellénisation de l'Europe chrétienne fut avant tout le fruit de la volonté des Européens eux-mêmes. Si le terme de "racines" a un sens pour les civilisations, les racines du monde européen sont donc grecques, celles du monde islamique ne le sont pas. Biographie de l'auteur
Professeur d'histoire médiévale à l'ENS de Lyon, Sylvain Gouguenheim travaille actuellement sur l'histoire des croisades. Il a récemment publié Les Chevaliers teutoniques (Tallandier, 2008).

Publié par pelosato à 17:36:33 dans pelosato | Commentaires (0) |

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