• L'art de la nouvelle (6) : Henri James

      

    Pour moi Henri James est un authentique écrivain de fantastique. Je sais qu'écrire cela déplaît aux détracteurs du fantastique en littérature et que cela déplaît également aux amateurs de fantastique.
    Il est vrai que James ne met jamais en scène des monstres ou autres entités fantastiques ou surnaturelles. Mais il met en scène des êtres humains qui sont le jouet d'une authentique hésitation entre le réel et l'imaginaire. Et cela c'est proprement fantastique...
    C'est le cas dans ces deux nouvelles qui partent d'une situation bien concrète : le décès d'un être cher pour la première et le travail d'une postière derrière son guichet...

    L'autel des morts commence ainsi :
    Il avait une nouvelle aversion, le malheureux Stransom, pour les anniversaires pauvrement célébrés, et il les supportait encore moins lorsque leur faste était simulé.
    Voilà encore une excellente entrée en matière pour cette hsitoire, quand on sait qu'il va s'agir tout au long du récit, de l'anniversaire de la mort de sa fiancée...
    James enracine son récit dans l'idée que chaque être humain a ses morts, qu'il faut vénérer (c'est du moins l'opinion du héros de l'histoire...), et il les appelle "Les Autres". Inévitablement pour un cinéphile comme moi cela renvoie au titre homonyme d'un film réalisé par Alejandro Amenabar (2001) dans lequel Les Autres n'étaient pas les morts, mais les vivants, mais cela le spectateur ne l'apprendra qu'à la fin du film tout au long duquel il croira que c'est l'inverse... Ici, chez Henri James, on assiste également à une confusion : ce Stransom semble plus mort que Les Autres et il rencontre une espèce de fantôme, une femme en deuil qui va partager l'autel qu'il a édifié pour ses morts, sans d'ailleurs qu'elle lui en ait demandé l'autorisation. Et le lecteur semble, tout au long de la lecture, s'apercevoir petit à petit que cette femme devrait être son double, mais inverse, puisque de sexe opposé, mais aussi, parce que son mort à elle est un être aimé, le même homme que Stransom déteste, pour une raison que le lecteur ignorera toujours...
    N'est-ce pas fantastique cela ?
    Dans la cage commence ainsi :
    Elle avait vite compris que dans sa situation - celle d'une jeune femme en cage pour la vie derrière la grille d'un guichet, comme un cobaye ou une pie - elle connaîtrait beaucoup de gens sans être connue d'eux.
    C'est fort, hein, comme entame ? Voilà toute l'histoire résumée. Et tout l'art de l'écrivain va être de décliner l'imagination de la postière devant les clients et clientes et surtout comment elle va échaffauder des histoires à la lecture des textes des télégrammes qu'ils lui font envoyer... On ne peut pas penser mieux comme traitement de l'imagination à l'oeuvre par l'observation des êtres humains, y compris par la connaissance de leurs messages les plus intimes, mais, évidemment codés comme le sont les télégrammes...
    De plus Henir James enfonce le clou de son propos : la postière rencontre une femme qui est décoratrice chez les clients de ce bureau de Poste, elle les connaît donc très bien. Mais la postière ne veut pas connaître la vérité de leur vie. Et quand cette femme lui propose de quitter son emploi à la Postepour devenir son associée, la postière hésite car elle ne veut pas perdre les vies qu'elle a imaginées pour ces gens....

     

    L'autel de morts suivi de Dans la cage - Henri James - Stock (biliothèque cosmopolite) - Traduction Diane de Margerie et François Xavier Jaujard - Préface de Diane de Marjerie.


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