• J.G. Ballard et David Cronenberg : Crash !

    J'ai fait la connaissance de J.G. Ballard en lisant son premier roman : Le Monde englouti (1964). Avec un style alangui il décrit un monde inondé. Un roman post apocalyptique qui évite les violences habituelles de ce genre d'histoire.  Puis j'ai continué avec La Forêt de cristal (1967), Sécheresse (1975), Salut l'Amérique (1981) dans lequel il envisage l'hypothèse qu'il a été construit un barrage au travers du détroit de Bering ce qui a entraîné une changement de climat profond en Amérique. Une série de romans apocalyptiques dans lesquels l'espèce humaine s'installe dans le nouveau monde créé par l'une ou l'autre catastrophe. La catastrophe n'est qu'un révélateur, un passage vers un autre monde et toute la difficulté des êtres humains est de s'adapter à cet autre monde.
    Puis il a écrit Crash ! en 1973, un roman sur une perversion sexuelle inédite : l'orgasme que peut produire l'accident de voiture. Il est vrai que l'orgasme est souvent appelé "La petite mort".  Il fallait le faire, non ? Ce n'est pas à la portée de n'importe quel écrivain d'écrire une histoire qui tient la route (ah ah ah...) avec un tel sujet.
    Un autre très grand artiste a osé adapter ce roman au cinéma en 1986 : David Cronenberg. Avec le même titre que le roman. Un très grand film qui n'a pas eu le succès qu'il aurait mérité, le sujet très scabreux étant par trop dérangeant.

    Parlons un peu de David Cronenberg.
    Je ne peux pas faire mieux que de publier ici l'article que je lui ai consacré dans mon livre "Un siècle de cinéma fantastique et de SF":

    David Cronenberg, né en 1943. Cronenberg qui se spécialisa tout de suite dans le fantastique n'a pas la cote dans son pays. Pourtant, je le considère comme un grand cinéaste de ce siècle. Il a fait des films d'horreur, et, le mieux pour le comprendre, est de lire ce qu'il dit lui-même à propos de son film Frissons, mais qui reste valable pour l'ensemble de son œuvre et, particulièrement pour son film Crash qui divise tant la critique (extrait de son interview par William Beard, Piers Handling et Pierre Véronneau en 1983) : « Il y a beaucoup de films d'horreur explicite qui ne m'intéressent pas du tout parce que je n'ai pas envie d'aller voir un abattoir. Je ne pense jamais que mes films ressemblent à ça, même si pour certains, évidemment, c'est une distinction plutôt mince. [...] Pour moi, tous les arguments au sujet d'une violence qui pourrait s'étendre à l'extérieur de l'écran étaient sans fondements. Le but véritable était de montrer l'immontrable, de dire l'indicible. Je ne pouvais pas proposer ces parasites hors champ parce que personne n'aurait su ce qui se passait. C'est une chose que de voir un personnage qui lève son couteau au-dessus de la poitrine d'un autre et d'entendre ensuite un “swouch“ hors champ ; vous savez ce qui va arriver, vous le comprenez. Je créais des éléments qui ne pouvaient pas être suggérés parce que difficilement imaginables pour le spectateur. On ne peut pas avoir quelqu'un qui regarde hors champ en disant : “Mon dieu, des parasites sortent de sa bouche !“ En vérité, il est assez naturel d'agir comme je l’ai fait. Et aux gens qui pensent que Hitchcock est le maître de la retenue, je leur dit d'étudier le contexte de sa personnalité et de son époque et aussi de bien regarder « Frenzy » (1972) qui contient des scènes vraiment vicieuses. Il les a créées : il les voulait, personne ne l'y a forcé. L'époque était telle qu'il pouvait le faire et je dis que tout ça ne relève pas simplement du manichéisme, même chez Hitchcock. [...] Je pense que l'on doit s'immiscer (entre le conscient et l'inconscient) malgré les conséquences qui sont parfois terrifiantes. On doit vivre une vie équilibrée, entre la confiance et le désastre. Je ne pense pas que le but de la vie soit de trouver une niche totalement tranquille et sécuritaire ; je pense que cela représenterait une véritable mort. Par ailleurs et pour ma part, je ne veux pas d'une vie qui se déroule au milieu du chaos et du désastre. Je ne souhaite aucun des deux pôles, ce qui veut dire que je dois constamment me rééquilibrer »
    On discerne bien la volonté d'équilibre dans ces déclarations. Mais, l'évolution de Cronenberg, va toujours plus vers une rupture de cet équilibre vers le chaos, jusqu'à Crash ! qui voit la course frénétique des personnages à la recherche de la jouissance de leur propre mort violente par accident de voiture. C'est que le cinéaste est fasciné par la transformation physique, la transformation finale étant la mort. De l'évolution frénétique des personnages infectés de parasites dans Frissons, en passant par la transformation de la jeune fille en vampire qui transmet la rage dans Rage, la jeune femme qui crée ses petits à partir de son propre corps dans Chromosome 3, double de chair et inversion des caractères des jumeaux dans Faux-semblants, transformation horrible du corps dans La Mouche, jusqu'aux cicatrices des blessés de la route dans Crash, David Cronenberg ne cesse de prospecter ce lien entre le conscient et l'inconscient, la part de lumière (le corps) et d'ombre (la psyché) qui ne peuvent que jouer l'un sur l’autre de manière terrifiante bien qu'inconsciente.

    Cronenberg joue un rôle important dans le film de Clive Barker Cabale.

    Frissons (1975)  Un parasite (une invention d'un scientifique qui l’a transmis à sa maîtresse) se répand dans un immeuble bourgeois et produit une vraie frénésie sexuelle chez les gens infectés.
    Rage (1976)  Après un accident de moto, une jeune fille se transforme en vampire. La morsure de son nouvel appendice transmet la rage.
    Chromosome 3 (1979)  Une malade mentale engendre des créatures qui règlent ses comptes psychanalytiques avec sa famille.
    Scanners (1980)  Ils ont un étrange pouvoir, celui de vous tuer à distance. (Il y a des séquelles...)
    Videodrome (1982)  Trop regarder la télé nuit à la santé...
    Dead Zone (1983)  Adaptation d'un roman de Stephen King. Un homme devient voyant après un accident de voiture. Sa situation n'est pas enviable.
    La Mouche (1986)  Remake du film de Kurt Neumann La Mouche noire (1958) tiré lui-même du roman de George Langelaan. Un savant invente un système de translation et mélange malencontreusement la génétique d'une mouche à la sienne.
    Faux-semblants (1988)  Descente aux enfers de deux jumeaux gynécologues.
    Le Festin nu (1991)  Une adaptation de William Burroughs (ne pas confondre avec Edgar Rice...)
    Crash ! (1996)  Sexe et mort violente de l’accident de la route. Fascinant ! 
    Existenz (1999) Comment on devient esclave d'un jeu vidéo que l'on branche directement sur son sytème nerveux
    A History of violence (2004) Comment devient-on violent...
    Les Promesses de l'ombre (2007) Dans le monde de la mafia russe.
     

    Vous pouvez commander "Un siècle de cinéma fantastique et de SF" ici :
    http://www.manuscrit.com/book.aspx?id=6146


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